Hortense Merisier

Blog d'écriture quotidienne

#54 Profession tueur à gages (1)


Dans mon métier, il n’y a que qu’une chose que je redoute : les clients. Les missions sont des casse-têtes très satisfaisants, jouer à cache-cache avec la police est la stimulation ultime. Au fond, ce ne sont que des hommes et des femmes, avec leurs préjugés et leurs rêves, qui n’ont besoin que d’être pris par la main et d’être emmenés là où ils peuvent maximiser leur confort intellectuel.

D’aucuns diront que je suis un monstre, mais je préfère me présenter comme celle qui résout les problèmes. C’est d’ailleurs pour ça que mes clients me paient : pour résoudre leurs problèmes. Lors du premier rendez-vous, je les jauge et j’estime avec beaucoup de fiabilité le prix qu’ils seront prêts à payer pour que leurs problèmes disparaissent comme par magie.

Mon problème à moi, ce sont les clients. D’abord, ils ont une idée très précise de la façon dont je dois résoudre leurs problèmes, ce qui est en soi un problème. Si c’était aussi simple, pourquoi ne le font-ils pas eux-mêmes ? Ah mais non, c’est à moi de me salir les mains. Eux, ils rentent confortablement installés dans leur canapé, à me donner des ordres comme s’ils savaient de quoi ils parlent.

Ensuite, ils sont radins. Ils croient que je peux résoudre leurs problèmes en me payant au smic, mais moi aussi, j’ai des factures à payer, sans compter les primes de risque. Mon prix, c’est 25 % de plus que ce qu’ils peuvent payer, ni plus, ni moins, et quoi qu’ils en pensent, ça n’est pas négociable. La marge de 25 %, c’est pour les faire réfléchir : est-ce que leurs problèmes ont réellement besoin d’être résolus ?

Et ils sont pressés. Ils veulent tout, tout de suite, alors que mon job, c’est d’être suffisamment bien préparée pour éviter les emmerdes. Les miennes, les leurs, les loupés. Si je facture cher, c’est parce que je passe des jours à étudier chaque projet et à trouver une solution personnalisée. Je ne me lance que lorsque le risque d’emmerdes avoisine le zéro. Et ça, ça prend du temps.

Mais ce qui m’agace le plus, ce sont les clients qui changent d’avis. Ils paniquent. Ils me reprochent d’avoir réglé leurs problèmes. Ils ne veulent finalement plus me payer le prix convenu. Ils veulent impliquer la police. Bref, ils deviennent un problème, et si je règle leurs problèmes, je sais aussi régler les miens.

C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé : en réglant mes problèmes. Un ex qui avait du mal à accepter que je l’aie quitté. J’ai déménagé, changé de travail, changé de numéro, mais il s’accrochait. Un jour, j’ai définitivement réglé le problème et, un an après, j’avais mon premier client.

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