Hortense Merisier

Blog d'écriture quotidienne

#80 La grève des lutins (5)


La délégation des lutins en grève se tourne vers le Père Noël. Jean-Marc croise ses mains et réprime un « oh, oh, oh » probablement malvenu en un tel moment. Il espère que sa proposition sera acceptée : une prime de fin d’année, une semaine exceptionnelle de congés.

Chaque minute qui passe l’angoisse. Avec la modernisation des chaînes de transport, il dépend plus que jamais de Chronopost, Colissimo, Mondial relay et autres systèmes de livraison. Le traîneau et les rennes, ce n’est plus que pour le folklore maintenant – qui a encore une cheminée de nos jours ? Il les réserve à de brèves apparitions, pour entretenir l’esprit de Noël et le rêve des petits enfants – direction l’Ukraine et l’Afghanistan, cette année, ils en auront bien besoin.

« Nous avons une contre-proposition. », déclare Biba, la syndicaliste. Les autres elfes hochent vigoureusement la tête. « Une augmentation de 100 € par mois pour tout le monde et une semaine de congés annuels tous les ans en début d’année. »

Jean-Marc réfléchit quelques secondes. S’il fait une contre-contre-proposition, rien ne garantit qu’ils ne feront pas une contre-contre-contre-proposition, et on n’en sortira jamais. Il avait déjà envisagé une augmentation générale des salaires, en guise de cadeau de Noël, et leur demande est inférieure. Le problème, c’est surtout que s’il cède, ça créera un dangereux précédent. Bah ! il suffira d’être un peu en avance l’année prochaine, de leur faire croire qu’ils sont à la bourre, ils feront grève et on pourra négocier tranquillement.

« Et vous reprenez le travail tout de suite ?

— Oui, déclarent en chœur les elfes de leur voix aigrelette.

— Et on est d’accord que vous vous débrouillerez pour rattraper le retard  ?

— Oui ! répètent-ils.

— Je crois bien que je n’ai pas le choix, soupire Jean-Marc. C’est d’accord. Mais franchement, on aurait aussi pu éviter la grève, hein, on peut se parler, on est une famille, n’est-ce pas ? »

Les elfes regardent intensément leurs pieds, un peu mal à l’aise de la tournure des négociations. Jean-Marc se promet de bidouiller les chiffres pour que la prochaine grève soit facilement amortie. Biba sourit avec une satisfaction insolente. Georgette propose des tasses de chocolat à la ronde pour féliciter tout le monde. En passant près de Jean-Marc, elle lui souffle à l’oreille :

« Désolée, mon petit vieux, de t’avoir laissé croire que je n’étais pas de ton côté, mais ils se sont chauffés tout seuls ce matin. Ils avaient décidé de tout casser. Je me suis dit que ça serait mieux que je reste dans le coin pour les empêcher de faire des bêtises. »

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