Hortense Merisier

Blog d'écriture quotidienne

#106 La fille aux baskets bleues (2)


Je l’ai revue. La fille aux baskets bleues. Camille. Je l’ai convoquée, elle est venue, je lui ai offert un café. Elle a essayé de savoir sur quoi on travaillait. J’ai essayé d’obtenir un rendez-vous. Elle a ri, passé une main dans ses cheveux :

« Et là, vous me direz sur quoi vous travaillez ?

— Désolé, je peux pas, vraiment. Secret professionnel. Vous avez bien des secrets, vous aussi ? »

A nouveau, elle a ri, secoué la tête. Ses mèches dansaient autour d’elle, j’avais envie de l’embrasser, mais on était au bureau.

« Toutes les femmes ont des secrets, vous le savez bien. Vous êtes libre samedi ? Je vais à une exposition. »

Elle a sorti un carnet et un stylo de son sac à main, noté le lieu et l’heure du rendez-vous d’une belle écriture calligraphiée. J’ai toujours aimé les femmes qui ont une belle écriture. Après avoir arraché la page, elle me l’a tendue.

« Et votre numéro ?

— Vous l’avez sur le procès-verbal, je crois.

— Oui mais je peux pas l’utiliser à des fins personnelles.

— Alors soyez à l’heure. A samedi ! »


Je sais qu’un contrat se rend à cette expo. Ce sera sûrement un contrat facile. Un homme vieillissant ne se méfiera jamais de quelqu’un comme moi. Je pense qu’il décédera prématurément d’une crise cardiaque. C’est presque de la charité, il commence à perdre la boule et sa femme n’a posé qu’une condition : je ne veux pas qu’il souffre.

Aller seule à une expo, c’est parfois suspect, ça attire parfois le regard, alors qu’à deux… Les yeux de Poulet-en-chef brillent de plaisir. Il est intrigué et sous le charme. Oui, oui, mon petit poulet, t’inquiète pas, tu es aussi parfaitement mon genre, mais j’ai du boulot et des apparences à protéger. Moi aussi j’ai envie de te dévorer tout cru, mais tu crois que Camille le peut, elle ?

Vous pensez peut-être que je suis un monstre, et Poulet-en-chef aussi. Mais je suis un peu comme les rats qui se promènent dans Paris et qui nettoient les égouts. Un mal nécessaire. Mon job, c’est de résoudre les problèmes des gens. Tuer n’est que le moyen. Si ce n’était pas moi, ces gens mourraient aussi sûrement, mais mes clients auraient des problèmes. Ou ils resteraient en vie et continueraient à faire du mal autour d’eux.

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