Hortense Merisier

Miscellanées de prose, vers, pensées, remarques, interrogations, (auto-)critiques, avec cynisme, humour, douceur ou tendresse…


  • #28 La Maison des Feuilles

    Vous allez dire que je vous fais ch… avec ce roman, si si, je le sais : je vous fais chier. Eh ben je m’en fous. Voilà. Ici c’est moi qui écris, et j’écris ce que je veux sur le sujet que je veux. Et donc…

    Je me faisais la réflexion lorsque Navy, normalement perdu à quelques dizaines de milliers de kilomètres sous terre, a finalement refait surface dans un couloir sans porte d’entrée (et donc de sortie). Je ne pense pas que la Maison soit dangereuse en elle-même. Je pense que c’est le personnage taré qui tire sur tout le monde qui est dangereux (et je vous passe les autres qui ont tous, à des degrés divers, un sérieux pète au casque). La maison, elle, laisse tout le monde sortir, même si ça devrait être impossible. Ce n’est pas ce que ferait une maison diabolique.

  • #27 La Maison des Feuilles & l’in-compréhension

    Dans ce livre, comme dans d’autres — ça m’arrive, parfois –, je vois bien que je ne comprends pas tout. Je le vois, je le sais, je comprends de travers ou pas du tout ou seulement une partie. Je ne comprends pas les références, et je ne comprends pas les passages biffés ; je ne connais pas les règles du genre ; et je ne cherche pas à comprendre l’origine du grognement.

    Bref, j’ai perdu le nord.1


    1 Référence pas très discrète aux boussoles qui ne fonctionnent pas dans la maison, que ce soit dans sa structure normale ou anormale.

  • #26 La Maison des Feuilles : le vide

    Le vide, c’est l’obscurité. Mais ça, le lecteur ne l’apprend qu’après l’avoir expérimenté.

    Les pages presque blanches

    Certaines parties de l’histoire sont écrites sur des espaces minuscules de la page, le reste étant totalement vide. Quelques lignes, parfois seulement quelques mots… et ces pages blanches m’ont fait percevoir un aspect particulier de la lecture (que j’ai déjà expérimenté en lisant Proust) : la temporalité.

    Le fait de tourner les pages d’un roman, de manière régulière, de lire, de manière régulière, est une mesure du temps. Le temps qui passe dans l’histoire est identique au temps de lecture. Même si on peut expédier cinq ans (ou cinq millénaires) en une ligne, un temps donné dans l’histoire sera cadencé par les pages qu’on tourne et les mots qu’on lit. André poussa la porte et découvrit ce qui se cachait dans la maison. Le temps se cadence à la lecture. Le temps peut s’étirer sous la plume de l’auteur : Dans un grincement, la lourde porte en chêne s’ouvrit. André allait enfin découvrir ce qui se tramait dans la maison., ou s’accélérer : André entra., mais le temps perçu par les personnages (le nombre de mots) ne diffère pas du temps perçu par le lecteur (le nombre de mots).

    Dans La Maison des Feuilles, de Mark Z. Danielewski, le temps de lecture est désynchronisé. Certains passages de l’histoire demandent des heures de lecture, pendant que d’autres se lisent en un battement de cœur. Sur plusieurs pages. Un même battement de cœur. En laissant du vide, l’auteur concentre le battement de cœur de l’intrigue sur la fraction de seconde qui fait tout basculer. Il ne tartine pas des pages et des pages sur ce battement, comme le ferait n’importe quel auteur (sauf moi, je n’aime pas les tartines, surtout à la confiture1).

    Danielewski étire la fraction de seconde, non pas en la noyant sous trois tonnes de conneries, mais en la mettant au centre (ou dans un coin) de la page. Le temps de lecture semble rester le même, mais le lecteur reste coincé dans cet instant, et ne peut pas s’en dégager.

    Résultat : on a du pur concentré d’horreur.

    Avis aux lecteurs : n’attendez pas trop ces pages blanches dont vous croyez avec naïveté qu’elles vont vous reposer, parce qu’elles n’annoncent rien de bon.


    1 Françoise Sagan.

  • #25 La chose de la Maison des Feuilles

    Dans le dernier plan, Jed braque la caméra sur la porte. Il y a une chose de l’autre côté, qui martèle le battant sans interruption. Quelle que soit la chose qui vient chercher ceux qu’on ne revoit jamais, elle est là, et c’est de198 lui qu’elle vient.
    […]
    198 Coquille. Il faut lire « pour ».

    La Maison des Feuilles, Mark Z. Danielewski, p. 155

    Ou pas.

  • #24 La Maison des Feuilles, éloge de la lenteur

    Habituellement, je lis environ 60 pages par heure (entre 40 et 100 selon la difficulté), ce qui me place à peu près dans la moyenne des 300 mots par minute. Ce qui fait de moi, je pense, une « grande lectrice », c’est surtout que presque aucun livre n’est trop difficile pour que j’en vienne à bout. En général, si je ne les finis pas, c’est surtout parce que le style ou le sujet ne me plaisent pas (souvenir ému pour Les Bienveillantes, que j’ai trouvé tellement chiant que je n’ai jamais dépassé la page 23).

    Avec La Maison des Feuilles, j’ai commencé par me dire : « bon, 700 pages, ça fait à peu près 12 heures de lecture, tranquille en un week-end, surtout que je vais le commencer le jeudi ». J’ai regardé au bout de deux heures de lecture : j’avais péniblement atteint la page 40.

    J’ai donc réévalué mon temps de lecture : « 20 pages à l’heure, ok, pas de problème, ça va être plus long mais le tout c’est de rester constant et d’y aller tranquille, c’est un livre-marathon et pas un livre-sprint. » Arrivée à la page 80, je ne lisais plus que 6 pages en une heure, puisque je passais bien 10 minutes entre chaque page à chercher des notes de bas de page ou le texte de la note de bas de page (caché un peu plus loin ou un peu avant, ça dépendait).

    J’en suis à la page 150 et à présent, je me dis : « qu’importe le temps de lecture ! j’en viendrai à bout, c’est une question de principe. Je n’ai pas reculé devant les 2000 pages des Misérables l’année dernière, je ne reculerai pas devant 700 pages, surtout que c’est génialissime et écrit avec tellement de fluidité ! »

    Je ne sais pas ce que ça signifie, mais je suis sûre que cette complexité qui va crescendo à mesure qu’on avance dans le livre (ou dans le labyrinthe) veut dire quelque chose. Peut-être que plus on s’enfonce dans un labyrinthe, plus on doit rester concentré pour ne pas s’y perdre ? ou que s’y perdre est inévitable, et l’auteur fait en sorte que les lecteurs finissent par se perdre eux-mêmes dans la lecture ?

    J’ai une autre théorie, mais j’attends de finir pour la dévoiler.

  • #23 La Maison des Feuilles : les personnages

    Je ne ferai pas une analyse des personnages parce que ce n’est pas le but, mais je tiens quand même à souligner une chose. Dans La Maison des Feuilles, on croise un photo-reporter qui ne fait pas le reportage de sa maison labyrinthique, un aveugle qui analyse un documentaire qu’il n’a pas pu voir, un tatoueur qui efface de l’encre pour faire apparaître le texte original… sans parler de l’ancienne top model qui pose des étagères.

    Excusez-moi d’en rire, mais pour un roman fantastique, c’est a minima ironique.

    Visiblement, Danielewski aime encore plus que moi les ratés.

  • #22 La Maison des Feuilles (en VO)

    Je lis souvent indifféremment en français et en anglais. Je suis presque incapable de m’exprimer, et je ne comprends pas du tout l’accent américain, mais niveau lecture, je suis globalement pas trop mauvaise. Je n’ai cependant pas le niveau pour lire House of Leaves dans le texte1 (en-dehors même des difficultés que je vais avoir à me le procurer, si un jour j’atteins ce niveau).

    Est-ce que je suis la seule à croire qu’on ne saisit toutes les subtilités d’un texte qu’en le lisant dans la langue où il a été écrit ?


    1 Expression littéraire qui signifie « dans sa langue originale », comme dans lire Ovide dans le texte (ce que je n’ai jamais fait, contrairement à Harry Potter).

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