Hortense Merisier

Miscellanées de prose, vers, pensées, remarques, interrogations, (auto-)critiques, avec cynisme, humour, douceur ou tendresse…


  • #7 L’albatros

    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

    Charles Baudelaire

  • #6 Ce que j’écris

    Ce que j’écris et publie.

    Ce que j’écris et jette. Ce que j’écris et réécris, et réécris, et réécris, et réécris. Ce que j’écris juste pour moi. Ce que j’écris et déchire en petits morceaux avant de le mettre à la poubelle. Ce que j’écris et classe quelque part, avant de le perdre. Ce que j’écris, laisse de côté et jette quand je trie ce que j’écris. Ce que j’écris et efface, rature, raie, froisse, dessine autour…

    L’écriture, ce long chemin dont je ne montre qu’une infime partie.

  • #5 Si j’étais un personnage

    Un personnage, selon la tradition de « ceux qui savent » (et qui n’ont pas compris grand-chose à l’humanité, d’ailleurs ils sont peut-être devenus coachs d’auteurs pour ça), c’est qu’un personnage a un désir, un obstacle et un arc narratif (comment il va évoluer pour surmonter l’obstacle). Mon désir : écrire des textes de qualité, tant dans le style que dans le sujet, qui plairont à mes lecteurs (ou au moins qui leur parleront comme je vous parle). Mon obstacle : ceux qui savent (rien du tout) et qui entendent me dicter ma façon de faire. Mon arc narratif : j’ai inventé mes propres règles. Fin.

    Si j’étais un personnage de roman, ma vie serait, selon ces critères, affreusement chiante. Elle se résumerait à un travail (que j’adore, rien ne s’y passe de contrariant), l’écriture (où je relève des défis mais dans l’ombre), une histoire d’amour (sans histoires), un chat (qui passe la majorité de son temps à pioncer, comme se doit de le faire tout chat d’intérieur qui se respecte).

    Pourtant, je ne trouve pas ma vie de personnage de roman chiante. J’y croise des personnes fantastiques, j’y apprends tous les jours de nouvelles choses, je crée, je vis, je rêve, j’avance, je teste, je me remets en question, je recommence… Pourquoi faudrait-il me contrarier ou me mettre des bâtons dans les roues ?

  • #4 Douceur du soir

    Douceur du soir
    Brûlant
    Sans au revoir
    Touchant
    Dans ton regard
    Je meurs
    Par trop d’égards
    Et pleure
    C’est digitale
    En moi
    Ou bien fatal
    Tais-moi
    La mort qui sait
    Respire
    Ce que je sais
    Désir
    Je t’en supplie
    Si fort
    Nuit infinie
    Encore

  • #3 Imaginer le monde dans mille ans

    Actuellement, j’écris un roman d’anticipation uchronique. Je travaille dessus depuis presque deux ans. Une partie de l’histoire se passe dans un peu plus d’un millénaire. C’était la première fois que j’écrivais de l’anticipation, et je trouve l’exercice très intéressant, pour plusieurs raisons.

    Envisager l’Histoire autrement

    Quand j’ai cherché à imaginer le monde dans un millénaire, j’ai pris la chronologie et j’ai comparé le monde occidental (celui qu’on connaît) avec des pas d’un millénaire. En -1000, l’Europe est encore peuplée de chasseurs-cueilleurs, avec de petites tribus de quelques familles qui se mettent très doucement à l’agriculture. En l’an 0, Rome envahit l’Europe occidentale et écrase ses nombreuses tribus (de la taille de petits villages) rassemblées autour de Vercingétorix : la culture celte, proche de l’animisme, est remplacée par du polythéisme. En l’an mil, la société, organisée autour de nobles de diverses importances, a oublié ces païens de grecs et romains, et ne croit qu’en un Dieu unique et chrétien. Dernier pas : en 2000, le monde n’est plus divisé en castes, la technologie et la course à l’argent ont remplacé Dieu.

    En envisageant l’Histoire de cette manière, j’ai dressé plusieurs constats :
    ‑ les sociétés se rassemblent dans des groupes de plus en plus grands ;
    ‑ la société a des croyances et des organisations très variées ;
    ‑ l’humain juge les époques passées en fonction de leur proximité ou de leur différence avec la sienne (la sienne étant, nécessairement, la meilleure).

    Juger mon époque avec sévérité

    Comment jugera-t-on notre XXIe siècle, dans mille ans ? Pour le savoir, il suffit de se demander : que dit notre époque du Moyen Age ? Dans l’imaginaire collectif, c’est un millénaire d’obscurantisme, d’injustices sociales, de guerres, d’épidémies, de famines. Que retiendra-t-on du millénaire situé juste après le Moyen Age ?

    De prime abord, j’ai pensé qu’on se souviendra, certainement, de grandes évolutions technologiques : la machine à vapeur, l’électricité, l’intelligence artificielle, Instagram (ou pas). Mais a-t-on retenu les grandes constructions du Moyen-Age ? Non. La magie de la pierre de voûte, des vitraux, de la peinture à huile ? Non plus. L’imaginaire collectif, c’est évident, juge en comparaison, et en comparaison, désolée mais le Moyen Age ne fait pas le poids.

    Que reste-t-il ? Il reste, comme dans le passé, les épidémies (le choléra, le VIH, la variole, la grippe espagnole, le covid, bientôt la variole du singe) et les guerres mondiales (une, deux, …). Il reste l’appauvrissement des sols à cause de l’agriculture intensive et des mythes consuméristes du capitalisme. Il reste la pollution des océans, le réchauffement climatique, la désertification de l’Europe du Sud… tout ce qui sera le présent dans un millénaire, un héritage pas très glorieux de notre époque.

    Ainsi naquit le Consum

    Si le Moyen Age se divise en parties différentes, comment appeler la période qui va de 1492 à une date indéterminée autour de 2500 ? C’est une époque où la Terre a été consommée et consumée par l’humanité. Brûlée vive comme on brûlait les sorcières au millénaire intermédiaire qu’est le Moyen Age. Sans aucune autre raison que l’obscurantisme et l’appât du gain, le besoin irrationnel de s’en mettre le plus possible dans les poches.

    Alors oui, j’ai rétrospectivement appelé notre époque le Consum. Parce que je ne vois pas d’autre façon de nommer une société qui trouve normal de détruire des forêts qui ont plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années pour fabriquer des cure-dents et des baguettes chinoises jetables. On fabrique, on brûle ; on consomme, on consume. Et le pire, c’est qu’on le fait en parfaite connaissance de l’absurdité de ce consumérisme. On sait qu’on ne peut pas continuer comme ça, mais non seulement on continue, mais chaque année, on fait pire.

    Et c’est cette image du Consum qui restera dans l’imaginaire collectif.

    A quoi ressemblera le monde dans mille ans ?

    Dans mille ans, je crois que le monde continuera de dépolluer. Je pense que la dépollution ne commencera pas avant au moins 2400 (autant dire qu’on sera tous morts d’ici là). La technologie de dépollution (à grande échelle) n’existe pas encore et les mentalités évoluent, mais pas bien vite. Par exemple, alors que l’esclavage est aboli aux USA depuis 1865, il a fallu attendre 1968 pour que la ségrégation soit illégale, et 50 ans plus tard, la ségrégation de fait est toujours une réalité.

    Donc, si on part du principe que le réchauffement climatique est connu depuis le début du XXIe siècle, il est peut probable qu’il devienne réellement illégal de polluer avant au moins le XXIIe siècle et que la pollution cesse réellement avant au moins le milieu du XXIIIe siècle. Les technologies permettant de dépolluer devraient exister à partir du XXIIe ou du XXIIIe, mais en attendant, le volume de déchets continuera d’augmenter, de manière aussi exponentielle que la création de trombones dans Universal Paperclips.

    La crise alimentaire prévisible, autant due à la pollution et au réchauffement climatique qu’à l’appauvrissement des sols, devrait être un enjeu majeur du XXIIIe et XXIVe siècle. Je pense que c’est à ce moment-là que seront mutualisées et rendues gratuites les ressources de base (eau potable, nourriture, éducation, santé et biens de base) pour tous, en raison de leur rareté et d’un besoin grandissant d’équité et de limitation des pertes. Une fois la situation stabilisée, les humains du futur commenceront à réparer les erreurs de leur passé (et de notre présent) pour améliorer la qualité de leur environnement (parce que l’humain a une longue tradition d’adaptation de son environnement à lui).

    Dans un millénaire, donc, ils devraient encore être en train de recycler les déchets des 3 pires siècles consumaires. Je pense que c’est la dépollution océanique qui sera la plus complexe et la plus longue, avec la présence de nanoparticules de métaux lourds et de plastiques. Les océans représentent plus de 70 % de la surface du globe (1,3 milliards de km3), avec des profondeurs allant jusqu’à 11 km. Pour comparer, les stations d’épuration françaises traitent environ 5 km3 d’eau par an, alors je vous laisse imaginer les structures et le temps qu’il faudrait pour traiter 1,3 milliards de km3.

    Vu que l’humanité pâtira directement de notre mode de vie irresponsable (soyons honnêtes deux minutes, notre mode de vie est irresponsable), il est probable qu’une certaine symbiose entre l’humain et la nature sera la norme. Avec les évolutions technologiques et la mutualisation des biens et services de première nécessité, beaucoup de gens cesseront tout simplement de travailler. Beaucoup de métiers, existant de nos jours uniquement pour créer de l’argent et de la consommation, devraient disparaître. Le mode de vie devrait être plus lent, plus axé sur la communauté (et non l’individu) et la coopération, nécessaires pour la mutualisation. Les sociétés devraient avoir une organisation de plus en plus collégiale et de moins en moins individuelle.

    En tout cas, c’est ce que je pense qu’il se passera, si je tiens compte des grandes évolutions passées, vues à l’échelle de siècles et non de jours.

    Et je peux me tromper

    Peut-être que dans mille ans, l’humanité aura succombé à cause de sa propre cupidité. Peut-être que dans mille ans, l’humanité aura été pratiquement radiée de la surface de la planète à cause d’une guerre nucléaire ou d’une pandémie. Peut-être que dans mille ans, la Terre aura été rasée par un astéroïde ou un accident technologique. Peut-être que dans mille ans, une intelligence artificielle, estimant que l’humain est la cause de tous les problèmes, décidera que la planète se porterait beaucoup mieux sans lui.

    Bref, peut-être que j’ai une vision un peu utopiste de l’avenir.

  • #2 La page blanche

    Rester devant mon écran. Ecrire deux mots, effacer. Tapoter le bureau, faire des moulinets avec mes pieds. Reprendre une nouvelle idée, écrire trois lignes, tout trouver nul, effacer de nouveau. Renverser ma tête en arrière, soupirer, sentir l’angoisse monter. Recommencer, et recommencer encore. Me ronger les ongles, traîner sur Instagram, laisser les minutes devenir des heures. Ecrire, ne pas écrire, rester coincée.

    Me dire que ça, ce serait une bonne histoire.

  • #1 Sois vraie

    « Sois vraie, me conseille un ami, il n’y a que ça qui compte.
    — T’es pas influenceur, toi ?
    — Einstein l’a dit lui-même : méfie-toi de ce que tu trouves sur Internet. »

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