• #128 Liberté

    Avec qui on fait quoi (ou pas), ce(lui, lle, ux, lles) qu’on aime (ou préfère) (ou pas), ça ne regarde personne si c’est fait (ou pas) entre adultes consentant(e)s. Alors arrêtons tou(te)s ensemble de commenter, (dés)approuver, juger, condamner, violenter les (non-)amours, les (non-)désirs, les (non-)préférences des un(e)s et des autres, parce que depuis 55 ans qu’on parle à tort et (surtout) à travers de liberté sexuelle, il serait peut-être temps de mettre (enfin) ce principe en pratique.

  • #127 Miracles

    L’urgent est fait. L’impossible est en cours. Pour les miracles, adressez-vous directement à Dieu.

  • #126 Demande très spéciale

    Ça fait dix-huit mois que je sors avec Damien. Je suis allée plusieurs fois dans sa Normandie natale pour rencontrer ses parents, des gens très ordinaires qui m’adorent. Il m’a convaincue de lui présenter ma mère à Noël prochain. Il traîne souvent dans ma bibliothèque et a même un double des clés de mon appartement – il ne sait pas pour mon bureau.

    Je connais bien ses collègues, ceux qui traquent Mika, ceux qui me traquent moi. Depuis l’article, Mika se fait oublier. Je ne fais plus dans le spectacle, j’ai arrêté de me moquer de Damien et l’enquête piétine. Ils ont eu d’autres affaires, le dossier Mika est peu à peu tombé dans le fond d’un tiroir.

    Ce soir, il m’a invitée au restaurant. Je l’écoute d’une oreille distraite me dire des mots doux, je finalise le plan Pierre-Louis. Le nouveau mec (violent) de ma mère. Après mure réflexion, j’ai décidé de m’en débarrasser définitivement. J’ai prévu de le faire disparaître de la surface de la terre, en m’assurant que personne ne s’en rende compte avant des mois. Tant pis pour Poulet-en-chef et les éventuelles conclusions qu’il n’en tirera pas.

    « Camille ? Est-ce que tout va bien ? Qu’est-ce que tu en penses ? »

    Oups.


    Tout est prêt. Ce soir, je lui demande. J’ai prévu le resto, le champagne dans son frigo, et j’ai même sorti une chemise repassée. D’après les collègues, j’en fais un peu trop, mais voilà, cette fille me rend dingo. Il y a sa carapace de douceur, de sourires, d’intelligence, de culture, ce qui m’a séduit, et toutes les épreuves si sombres qu’elles a traversées, ce que j’ai fini par apprendre au travers de ses silences et des demi-réponses.

    C’est plus fort que moi, j’ai envie de la protéger de la noirceur du monde et de lui en offrir toute la beauté. J’ai envie de lui préparer son thé vert chaque matin, de faire les courses pour lui acheter ces biscuits aux amandes dont elle raffole, de faire des pâtes trop cuites pour elle le soir, de la regarder lire au lit, planquer son bouquin sous son oreiller, abandonner des livres un peu partout dans notre appartement. J’ai envie d’être dans sa vie au quotidien.

    « Camille, ça fait un moment qu’on se connaît, tu sais que je t’aime plus que tout. J’aime la façon dont tu fronces les sourcils en lisant des polars, la façon dont tu retrousses ton nez en goûtant ce que tu cuisines, la façon que tu as de me regarder comme si tu perçais tous les secrets que je cache. J’aime que tu abandonnes des livres dans tous les coins, que tu me reproches de ronfler quand je bois de la bière, j’aime tes tisanes magiques et ton flan au caramel. Mais ce que j’aimerais par-dessus tout, c’est pouvoir vivre ça avec toi, chaque jour, chaque matin… J’aimerais, si tu es d’accord, qu’on vive ensemble. »

    Son regard s’assombrit, comme parfois, surtout quand elle pense à son père. Peut-être qu’elle vit seule parce qu’elle a trop peur de vivre avec quelqu’un qui lui fera du mal. On n’en a jamais parlé. On n’a jamais parlé de nos projets de vie. J’ai essayé, plusieurs fois, mais j’ai eu des réponses du genre « tu veux à nouveau du flan ? » ou « et si on allait au cinéma ce week-end ? ».

    « Camille ? Est-ce que tout va bien ? Qu’est-ce que tu en penses ?

    — J’en pense que c’est une bonne idée, répond-elle après un silence. Tu veux faire ça quand ? »

  • #125 Comment tout a commencé

    C’est ironique, la vie. C’est ce que je me dis depuis la semaine dernière, depuis que ma mère m’a présenté son nouveau mec – un clone de mon géniteur. Je l’ai vu dans son regard. Ma mère retombe sur des mecs violents, et moi je tombe amoureuse du mec qui veut me coffrer. Ça n’est plus la peine de le nier, je l’aime mon poulet.

    Si je règle à nouveau le problème de ma mère, ça risque d’intriguer Poulet-en-chef. Il faudra que je sois plus imaginative, sur ce coup. Pas question de la laisser à nouveau dans ce bourbier. Elle y a déjà passé vingt ans, sans oser quitter mon géniteur qui lui avait juré de nous tuer toutes les deux plutôt que de nous perdre.

    Quand il conduisait, il ne mettait jamais sa ceinture et il roulait vite, juste pour le plaisir de me terroriser. Ça marchait plutôt bien. Pour ma mère, c’était des insultes, puis des gifles, des coups, des fleurs, quelques semaines de calme, à nouveau des insultes, des gifles, des coups, des fleurs… Il lui lavait le cerveau et ça me faisait enrager de la voir enchaîner souffrance, espoir, bonheur, désillusion, peur, souffrance encore. Peur et souffrance, encore et toujours.

    Et puis un jour, j’en ai eu assez. C’était toujours lui qui changeait ses plaquettes de frein, il trouvait que les garagistes étaient trop chers. J’ai appris, moi aussi, je me suis entraînée à la casse, et une nuit, alors qu’il attendait la commande de ses nouvelles plaquettes, j’ai fait de la mécanique. J’avais un partiel le lendemain, je lui ai demandé de m’y accompagner. J’ai fait trois semaines d’hôpital, redoublé mon année et déposé une plaque « A mon père bien-aimé » sur sa tombe.

    De temps en temps, j’y retourne. Sur sa tombe. Ça me rappelle deux choses : qu’il est mort et bien mort, et que tous les problèmes ont une solution.

  • #124 Bienvenue

    Toi qui entres ici, toi qui viens explorer mes mondes, toi qui lis par curiosité, amour ou simple ennui, sois le (la) bienvenu(e). Sois libre d’être toi-même, de ne lire que ce que tu aimes, d’aimer ou pas ce que tu lis, d’arrêter ta lecture en cours de route, de la reprendre ou pas quand tu le souhaites.

    La seule chose que je te conseille est de t’abonner ou d’enregistrer l’adresse de ce blog quelque part, parce qu’avec un nouveau texte chaque jour, tu pourrais vite être dépassé(e) par la quantité de lecture.

    Bon dimanche !

  • #123 Déterminisme

    Merci à ceux qui m’ont inspiré ce texte, et gloire au déterminisme.


    Les facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît) sont déterminants dans le fait que je ne croie au déterminisme. Si c’est déterminé d’avance, alors le déterminisme lui-même est un concept déterminé par les facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît). Il n’existe donc pas en tant que tel, mais comme la somme de tous ces facteurs, et s’invalide lui-même par sa non-existence déterminée par les facteurs sociaux intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît), tout en ayant été créé par ces mêmes facteurs.

    Si vous m’avez suivie, et rien n’est moins sûr car vous êtes vous aussi déterminés par les facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît) et votre compréhension est également déterminée d’avance, vous aurez peut-être compris que le déterminisme est à mes yeux une foutaise. Certes, les facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît) ont une influence non-négligeable, mais ils ne sont pas à eux seuls déterminants, sauf si l’on inclut dans les facteurs autres (que personne ne connaît) des facteurs tels que le libre-arbitre, la simple chance ou malchance, et des interventions extérieures qui, par définition, modifient le déterminisme initial qui n’est plus totalement déterminant, ces autres facteurs ayant eux aussi une influence non-négligeable dans le non-déterminisme que je défends.

    Quoi qu’il en soit, si le déterminisme existe, alors les facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît) me déterminent à défendre des facteurs tels que le libre-arbitre, la simple chance ou malchance et les interventions extérieures comme non-déterminants. Dès lors, ce n’est pas vraiment de ma faute si je considère ces facteurs comme non-déterminants, puisque je suis déterminée moi-même par des facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît). A moins que le déterminisme ne soit valide que lorsqu’on le défend, mais dans ce cas il n’est plus déterminant puisqu’il n’est pas déterminant pour ceux qui sont déterminés par des facteurs sociaux, intellectuels, psychologiques et autres (que personne ne connaît), à ne pas y croire.

  • #122 La fin du voyage (2)

    Lorsque j’attempis, je sais tout de suite que quelque chose ne va pas. On devrait être dans les locaux de l’Agence, dans le hangar des transferts, et on est sur le chantier de construction d’un immeuble. A côté de moi, Félix n’en mène pas large. Putain de crétin. Putain de foutu crétin qui répète : « Le hangar, il est où le hangar ? ».

    Je pourrais lui laisser le temps de se remettre, mais un ouvrier nous a remarqués. On doit se tirer, on verra après pour… Je secoue doucement Félix, avant de le remorquer plus loin en m’excusant mollement. Le contremaître m’insulte, me fait remarquer que c’est dangereux. Comme si je n’avais pas de plus gros problèmes d’une chute de bois de construction, là tout de suite !

    Je traîne Félix jusqu’à un banc, l’assois de force. Il marmonne toujours, les yeux dans le vague, se balançant d’avant en arrière. Je prends soudain conscience que j’ai près de 40 ans alors que lui n’en a que 21, que j’ai fait des dizaines de voyages et que c’était son premier.

    « Félix, répète-moi ce que dit le manuel sur les univers alternatifs inconnus.

    — D’abord, s’assurer que l’univers a la connaissance du voyage dans le temps. Prendre contact avec l’Agence, qui pourra nous insérer dans cette temporalité. Rester discret. Ne plus faire de nouveau voyage dans le temps. Colonel, vous pensez que c’est de ma faute ? »

    Evidemment que c’est de ta faute. Je soupire, m’installe à côté de lui.

    « Félix, regarde-moi. Tant qu’on n’est pas à l’Agence, tu ne dois plus m’appeler colonel. On ne sait pas où on est, ça pourrait être dangereux d’être militaire. On va respecter les consignes de sécurité. Désolée pour toi, mais j’ai bien peur que ce soit la fin du voyage. »

    Les choses s’enchaînent sans difficulté. Tenue de camouflage copiée sur un passant. Demander une encyclopédie, plutôt un livre si c’est possible – va savoir quelle technologie ils utilisent ici. Trois kilomètres de marche jusqu’à la bibliothèque. Demander à la vieille pie au guichet s’ils ont quelque chose sur le voyage dans le temps – c’est pour mon fils, ça le passionne.

    « Plutôt un film ou un livre ?

    — Un livre, s’il vous plaît.

    — Le rayon science-fiction, c’est au deuxième, deuxième salle à gauche. »

    Félix n’a pas prononcé un mot, mais a blêmit en entendant science-fiction. Je le traîne de nouveau par le coude, dans les escaliers, le couloir, les rayonnages, parcours en silence les quatrièmes de couverture. Ce sont des romans, uniquement des romans.

    Je demande à voix basse à une autre employée, s’il n’y aurait pas des livres un peu plus sérieux. Elle me propose de chercher dans leur base de données, en me désignant une rangée de machines qui ressemblent à des micro-ordinateurs. La dernière fois que j’en ai vus, c’était au musée de la mécanique.

    On n’en utilise plus chez nous depuis au moins 200 ans, depuis les premiers ordinateurs quantiques. Ordinateurs quantiques qui ont permis, au bout de quelques dizaines d’années, de fabriquer les premières capsules de transport, rapidement transformées en combinaisons par l’Agence. Pas d’ordinateur quantique, pas de capacité de calcul pour le voyage temporel.

    C’est la fin du voyage.

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