Hortense Merisier

Blog d'écriture quotidienne

#23 L’exercice de la micronouvelle


Quand j’ai commencé à écrire des micronouvelles, j’avais en tête la plus célèbre d’entre elles, attribuée à Ernest Hemingway : « For sale: baby shoes, never worn. »1 (à vendre : chaussures de bébé, jamais portées). Tout le drame de cette micronouvelle tenait en six mots, qui suggèrent tout sans rien dire explicitement.

L’exercice me paraissait insurmontable. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai tenté ma chance. Plus c’est difficile, plus je trouve le défi intéressant, les meilleurs étant les défis impossibles. J’ait écrit avec plus ou moins de réussite, je l’admets. J’adore certaines d’entre elles, mais d’autres me laissent perplexes : est-ce moi qui ai écrit cette bouse, et qui l’ai publiée, en plus ? Bon. La perfection n’existe pas, n’est-ce pas ?

Globalement, je suis assez satisfaite d’écrire régulièrement des micronouvelles. Une micronouvelle de quelques mots (mon objectif, c’est le moins possible, c’est-à-dire moins que les six mots d’Hemingway) me prend environ une demi-heure (autant de temps que pour cet article entier). Choisir le sujet, envisager la formulation, épurer et épurer encore, jusqu’à ne garder que… presque rien. Ma préférée tient en deux mots :

Ironie : #MaVraieVie 2

Elle m’a été inspirée par un tweet que j’avais écrit il y a un peu plus d’un an, en réponse à des conspirationnistes antivax : #NonALaVaccinationObligatoire #OuiALaSélectionNaturelle. C’était tout : mon tweet tenait en 2 hashtags soigneusement choisis et franchement moqueurs. J’avoue, c’était méchant (pour ceux qui connaissent le principe de la sélection naturelle et d’un vaccin), d’autant plus que la majorité des antivax a manifestement mécompris le message. Le second degré, c’est comme la médecine moderne : ils ne connaissent pas.

Les micronouvelles sont une étonnante façon d’apprendre à manier le second degré, l’ironie et la moquerie en en disant le moins possible et en induisant le lecteur en erreur. Je vais donc continuer, parce que je trouve l’ironie et le second degré sous-estimés dans les romans contemporains. L’auteur raconte une histoire, mais ne se moque pas de ses personnages comme Flaubert se moquait de la rêveuse Emma ou Choderlos de Laclos de cette pauvre gourde de Cécile.

Bref, je ne veux pas ennuyer mes lecteurs autant que je m’ennuie moi-même avec des histoires prévisibles.


1 Il n’y a aucune erreur de typo sur l’utilisation du deux-points. En anglais, la typographie ne prévoit pas d’espace avant les deux-points. Méfiance, donc, lorsque vous vous renseignez sur les règles de typographie : les règles varient d’un pays à l’autre (comme si ce n’était pas déjà assez compliqué).

2 L’ironie des réseaux sociaux : personne n’y raconte sa vraie vie, mais une vision améliorée et souvent mensongère de sa vie. Les influenceurs n’y vendent pas leur vie privée, mais une histoire.

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